Démarrage des cafés-débats de l’école Joyeuse

Notre école est en phase de création et suscite de plus en plus de questions. Pourquoi ne pas se les poser et y réfléchir ensemble ? C’est ce que nous vous proposons à travers des cafés-débats mensuels sur le thème de l’éducation. Le premier aura lieu jeudi 13 octobre au café associatif le Lieu-Dit à Saint Affrique, à partir de 18h et jusqu’à 21h (possibilité d’arriver ou de partir quand vous voulez). D’autres suivront chaque mois, dans différents cafés de la ville (au Glacier le 24 novembre et au Pub des Causses le 15 décembre).
Que vous soyez parent, éducateur, enseignant, élu, étudiant, lycéen, collégien ou curieux, vous êtes invités à venir enrichir les discussions de votre point de vue.

Au plaisir d’échanger ensemble !

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Le blog est en pause

Cela fait plusieurs mois que nous n’avons pas donné de nouvelles sur ce blog. C’est que beaucoup de choses se passent dans le monde réel, nous amenant à nous restructurer. Nous n’avons finalement pas pu ouvrir en septembre, mais nous continuons d’œuvrer pour que cette école voit le jour prochainement. Nous envoyons toujours la lettre d’info, à laquelle vous pouvez vous abonner pour nous suivre. Pour consulter celle de septembre 2016, c’est par ici ! Vous pouvez aussi nous rejoindre sur notre page Facebook. Et vous pouvez aussi jeter un œil (ou une oreille) aux médias qui ont parlé de nous récemment. A bientôt !

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Le positionnement de l’école Joyeuse dans le paysage éducatif

Il m’apparaît important d’éclaircir notre positionnement car toutes sortes de choses commencent à arriver à mes oreilles, qui ne me semblent pas justes avec ce que nous voulons proposer.

Ce que nous ne sommes pas : une école de deuxième choix

« Vous êtes une école de la seconde chance ? », « Ça peut être bien votre école pour ceux qui échouent dans le système classique »

Non, nous ne sommes pas une école de la seconde chance. Oui, notre école peut convenir à des jeunes qui « échouent » (selon les critères en vigueur) dans le système classique. Mais elle peut aussi très bien convenir à ceux qui « réussissent ». Car les notions de réussite et d’échec du système traditionnel n’ont tout simplement plus de sens au regard de la philosophie d’une école Sudbury. Il n’y a plus personne pour juger ou évaluer si une personne échoue ou réussit. Sur quels critères le ferait-on ?

Nous considérons que chaque être est unique et nous lui faisons confiance pour déterminer ses propres objectifs éducatifs, progresser et s’autoévaluer naturellement, notamment grâce à ses interactions avec les autres membres de la communauté. À lui d’estimer s’il est satisfait de ce qu’il est et de ce qu’il fait, ou pas.

Il ne s’agit pas d’une école de deuxième choix. Il s’agit d’une école hautement exigeante, terriblement exigeante. Une école où l’on est responsable de soi. Où l’on ne nous dit pas ce que l’on doit faire, on ne nous demande pas d’apprendre des choses par cœur, on nous laisse libre, face à nous-mêmes. Et aussi face aux autres. Car c’est aussi une école où nous apprenons, à égalité les uns avec les autres, à vivre ensemble. Que j’ai 4 ans ou 15 ans, je suis considéré comme un individu dont la voix compte, dont les choix ont un impact sur les autres et je dois être capable d’en répondre. Un individu qui a une place, qui a droit au respect et a autant de valeur que quiconque.

La vraie liberté ne peut qu’aller de pair avec une immense responsabilité. Où aujourd’hui a-t-on la possibilité d’avoir ce niveau de liberté et de responsabilité ? Où aujourd’hui est-on réellement libre de ses choix, de son temps, de ses activités ? Où est-on complètement responsable de soi-même dans une communauté d’égaux avec qui jour après jour nous élaborons nos règles collectives pour la vie quotidienne ? Où nous offre-t-on cet espace et ce temps pour se connaître soi-même, se consacrer à fond à ce que l’on aime, ce qui nous passionne, ce qui nous fait vibrer, nous permettant de devenir expert de n’importe quel sujet ?

Nous ne sommes pas une école par défaut : nous sommes un véritable choix éducatif, porteur de valeurs auxquelles vous adhérez… ou pas. Dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas un problème, par contre il y a un choix à faire, en conscience.

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Ce que nous ne sommes pas : une attaque contre l’école publique

Nous voulons proposer une alternative, comme il en existe déjà beaucoup d’autres : les écoles Montessori, Freinet, Steiner-Waldorf… Nous ne proclamons pas être LA solution, LE modèle qui convienne à tous et doive être étendu à tous. Nous n’avons pas de prétention hégémonique. Nous revendiquons simplement notre droit à exister, pas CONTRE mais AVEC les autres (écoles publiques et privées) pour que les familles qui le souhaitent puissent faire le choix de notre philosophie. Ce que nous contestons, c’est qu’un seul modèle soit applicable à tous, connaissant la diversité dont l’humanité est composée. Nous souhaitons que chacun puisse faire son choix en conscience. Voilà pourquoi nous sommes aussi à la recherche de financements et de dons, pour que faire le choix d’une école Sudbury telle que l’école Joyeuse ne soit pas limité par le porte-monnaie, puisque nous ne sommes pas du tout subventionnés par l’Etat. Et nous appuyons la demande de pouvoir être subventionnés, pour que les familles ne fassent justement pas un choix par défaut, en optant pour la seule école gratuite disponible, mais celui d’une école qui corresponde vraiment aux valeurs auxquelles ces familles sont attachées (que ce soit l’école « classique » ou n’importe quelle école alternative).

J’espère que ces précisions permettront une meilleure compréhension de notre positionnement. Nous ne cherchons de toute façon pas à plaire à tout le monde ou à tous vous convaincre ! Heureusement, chacun-e est libre d’être d’accord ou non avec nos idées. Sachez en tout cas que nous sommes ouverts au dialogue : si vous avez des craintes, des questionnements, des doutes, dont vous souhaiteriez discuter, contactez-nous !

Joyeusement,

Emmanuelle

L’école Joyeuse accueille ses futurs élèves à Vendeloves le 1er mai

Ca y est : l’école Joyeuse a trouvé un lieu pour s’implanter ! Elle ouvrira ses portes le 1er septembre prochain à Vendeloves, hameau à 3 km de Saint Affrique dans la jolie vallée de la Sorgues.
Léa nous accueille sur son terrain en surplomb de la rivière (non inondable, bien sûr) : merci mille fois à elle ! De son côté, Nathalie Myotte a commencé à mettre ses talents à contribution pour confectionner la yourte aux normes ERP qui nous accueillera.

Dans ce contexte, alors que l’année scolaire se termine, nous souhaitons rencontrer les enfants et les jeunes intéressés pour intégrer notre école à la rentrée 2016. L’occasion de faire connaissance et de répondre à leurs questions, qui ne sont souvent pas les mêmes que celles de leurs parents !

Voilà pourquoi, le dimanche 1er mai, l’équipe de l’école Joyeuse convie les familles qui ont préinscrits leurs enfants (et celles qui se posent très concrètement la question de le faire) à une rencontre à Vendeloves, sur les lieux de la future école. Les frères et sœurs des enfants sont également les bienvenus.

Voici le déroulé prévisionnel de l’après-midi :

14h30 : Accueil et temps d’échange informel.
15h : Temps de discussion entre l’équipe et les élèves potentiels : tour de présentation, explications sur le fonctionnement de l’école, questions/réponses (les enfants peuvent préparer des questions à l’avance). Pendant ce temps, les parents qui le souhaitent pourront échanger entre eux, s’organiser pour la rentrée (covoiturage…).
16h : Goûter tous ensemble. Les parents sont sollicités pour nous régaler les papilles de leurs spécialités et apporter des boissons !
Nous en profiterons pour discuter de notre état d’avancée et vous faire part de nos besoins, dont voici une liste pour commencer à y réfléchir : compétences en électricité, plomberie, chauffage, assainissement, toilettes sèches, ameublement (étagères, tables, chaises, tapis), matériel pour l’école (pédagogique, jeux, sport, musique, arts, bricolage, sciences, jouets, livres, informatique), matériel de construction (outils, bois pour le plancher de la yourte et les toilettes sèches, sciure).
Par ailleurs nous allons créer des fiches destinées aux « personnes ressources » pour l’école, celles qui souhaitent partager leurs savoirs, savoir-faire, compétences, matériel spécifique. Vous pourrez vous y présenter et y coller une photo rigolote, de façon à constituer un superbe trombinoscope. Ces fiches seront regroupées dans un classeur tenu à la disposition des membres de l’école.
Au plaisir de vous retrouver le 1er mai !
Joyeusement,
L’équipe

INFOS PRATIQUES
Accès : 2 routes pour venir :
> À St Affrique, après le cinéma direction Millau, prendre à droite juste avant le pont en suivant le petit panneau « Vendeloves ». Continuer toujours tout droit, sortir de St Affrique, traverser Vendeloves puis le pont sur la Sorgues.
> Depuis la D999 (vers St Affrique ou Millau), prendre la route de la vallée de la Sorgues (D7, vers St Félix, Fondamente, Cornus) puis prendre à droite la route qui traverse le pont vers Vendeloves.

Parking : se garer sur l’esplanade en face du stade de Vendeloves, au bord de la rivière. Nous vous retrouverons là-bas à 14h30.

– Vendeloves est à 10 minutes en vélo de Saint Affrique avec peu de dénivelé !

– Nous avons réservé 2 espaces abrités en cas d’intempérie : une salle de l’ancienne école ainsi que l’église, de façon à pouvoir se scinder en deux groupes. S’il fait beau, nous nous assiérons dans l’herbe. Les personnes ayant des problèmes pour s’asseoir au sol peuvent prévoir d’amener des tabourets ou chaises.

village

Venez nous rencontrer !

En ce début avril à Saint Affrique, l’équipe du projet de l’École Joyeuse est de sortie !

Vous avez mille questions à nous poser ? Vous souhaitez préinscrire un-e élève pour la rentrée prochaine ? Venez donc nous rencontrer !

Nous aurons un stand dimanche 3 avril toute la journée à la foire Alterna’Bio.

Et mardi 5 avril, on vous donne rendez-vous à partir de 18h30 au Lieu-Dit (rue de l’industrie) pour discuter ensemble de l’avancement du projet. Venez en famille !

Au plaisir d’échanger !

Joyeusement,

L’équipe

koala

 

 

Pour une école buissonnière

Lorsque j’ai découvert le livre « Pour une éducation buissonnière » de Louis Espinassous, j’étais en deuxième année de thèse en écologie. J’étudiais la flore des bords de rivière, en forêt. Etonnamment, ça n’avait pas été si simple de trouver un sujet de thèse qui me permette d’être dehors. Car aujourd’hui, même pour étudier l’écologie – c’est-à-dire la nature, les êtres vivants, les écosystèmes – ça se passe très souvent à l’intérieur ! Analyses génétiques en laboratoire, modèles informatiques, statistiques mathématiques… Même sans statistiques à l’appui justement, je parierais que le temps passé dehors se réduit de plus en plus, pour les écologues comme pour les autres (tiens, voilà qui serait intéressant à étudier…). Au mieux, on a la chance d’avoir des placettes expérimentales sur le terrain, qu’on va visiter plus ou moins régulièrement. Allez, une campagne printanière, puis une estivale, pour aller mesurer le pH du sol, la biomasse végétale, la luminosité, la pente, la hauteur des arbres, que sais-je… Quand on a des dizaines voire des centaines de placettes à étudier, on ne s’y attarde pas : aller sur le terrain coûte cher. Alors on enchaîne les relevés pendant quelques journées bien remplies, prenant quand même le temps, certains midi, de s’arrêter pour manger dans la nature. Instants précieux où le temps peut enfin ralentir, où le murmure du ruisseau et le chant des oiseaux peuvent pénétrer nos oreilles qui s’ouvrent alors. Quelques savoureuses minutes dans la nature, avant de repartir en inventaire.

J’ai eu la chance de pouvoir m’immerger en forêt des journées entières, des semaines durant, pendant ma première année de thèse. De suivre, de l’hiver à l’été, le rythme de la nature, la voyant changer chaque semaine, paisiblement mais inexorablement. Cette immersion, il faut la vivre je crois – et la vivre en toute humilité – pour pouvoir ne serait-ce que prétendre essayer de comprendre le fonctionnement des écosystèmes. Car la compréhension ne passe pas que par l’intellect : elle nécessite le corps, ses affects, ses émotions, ses mouvements, ses sens. Qui, mieux que le ruisseau lui-même, me parlera de lui ? De son eau gelée en hiver, vive au printemps, rare en été ? Des nivéoles qui poussent dans ce méandre et nulle part ailleurs ? De cette cigogne noire qui vient s’abreuver là ? Des ronces qui courent partout et recouvrent tout, quand les coupes rases ont fait leurs œuvres, des genoux qu’on apprend vite à lever bien haut si on ne veut pas que les ronces attrapent nos chevilles au lasso ? De cette lumière rose orangée de fin de journée qui baigne cette zone humide où les pieds s’enfoncent en faisant « sploutch » ? Mais aussi, qui me parlera des hommes qui travaillent dans cette forêt ? Quand croiserais-je ce garde forestier, ce bûcheron et son fils, dont la femme et mère s’est fait brûler la cuisse par un tronc malencontreusement tombé trop près ? Qui me racontera ce quotidien, mais aussi l’énervement devant ces « cols blancs » tout juste sortis d’école d’ingénieurs, les mains blanches et lisses, l’air hautain, qui viennent donner des leçons à ceux qui vivent la forêt tous les jours depuis trente ans ?

La vie se passe dehors, depuis des temps immémoriaux. Sans aller jusqu’en forêt, même dans les villages, c’est dehors que se faisait la socialisation : dans les rues, sur les places, aux étals des marchands, en terrasses ou au marché de plein air. Dehors que le garde-champêtre venait crier ses avis et qu’on dansait au bal place de la mairie. Dehors les assemblées populaires, les manifestations, le bouillonnement politique. Dehors les enfants qui jouaient au ricochet ou à cache-cache, qui grimpaient aux arbres. Dehors les jeunes gens qui sympathisaient dans les meules de foin. Dehors les rencontres, l’aventure, mais aussi le quotidien.

« Vous ne parviendrez jamais à faire des sages si vous ne faites pas aussi des polissons. » Jean-Jacques Rousseau

Mais aujourd’hui, c’est dedans que nous passons l’essentiel de notre temps. Et nous privons de plus en plus nos enfants de ce dehors : notre éducation est devenue « hors-sol ». On se plaint des élevages de poulets en batterie, mais dites-moi donc à quoi ressemble un collège ou un lycée ? Que peut-on comprendre de la vie, enfermé 8 heures par jour entre quatre murs, entouré uniquement d’un groupe limité d’enfants ou de jeunes de son âge, avec un adulte qui change toutes les deux heures et nous raconte, le plus souvent, un savoir froid pour lequel nous n’avons a priori pas d’intérêt particulier, n’en voyant pas le sens ? Comment se fait-il qu’on veuille préparer à la vie, au monde réel, en coupant nos jeunes de tout ce qui en fait la saveur, en les en extrayant ? Sous prétexte de sécurité, d’hygiène, de normes, de mythique « risque zéro », la vie est désormais à consommer sous sachet lyophilisé, assis sous la lumière des néons. Et l’on voudrait qu’ils sortent de là, autonomes, indépendants, responsables et enthousiastes ? Est-ce que ce monde est sérieux, comme dirait le poète ?…

« Les enfants trop protégés, exclus du monde, ne meurent pas, ils se fanent. On prend une fleur dans le jardin ou dans le terrain vague, un peu rude, un peu fruste mais pleine de sève, et on la protège, dedans, dans un joli vase, à l’abri des agressions extérieures. Et la fleur lentement se fane, s’étiole, sans bruit. Doucement sa tige faiblit, se replie, se recroqueville et s’épand à terre, flasque et brunâtre. Les enfants parfois se fanent avec résignation, s’acheminent sagement vers une vie discrète, grise et fanée. Le sourire s’est éteint sur leur visage. Parfois aussi, ils choisissent plutôt de tout casser dans et autour de leur cage… et de mettre le feu. Dans la révolte et le désespoir, ils refusent le monde plat et fade que semble devenir leur vie » raconte Louis Espinassous dans « Pour une éducation buissonnière ».

Et dans un autre de ses ouvrages, « Besoin de nature », il prend l’exemple du TDAH (trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité), traité par psychotrope chez 8 millions d’enfants états-uniens : « j’affirme que tous les enfants ont un immense besoin de faire fonctionner tout leur être psychocorporel, de faire fonctionner leurs muscles, leur charpente osseuse, leur sens, de grandir et d’apprendre avec leur corps, de jouer, de faire, de marcher dans la nature. J’affirme qu’entraver les enfants dans leur corps et considérer que « remuer les mains et les pieds, se lever, courir, grimper partout, avoir du mal à se tenir tranquille, agir comme si l’on était monté sur ressort » sont des troubles mentaux, est monstrueux. Arrêtons d’enfermer et d’entraver les enfants dans leur corps et leur sens, libérons-les. »

Quels êtres humains voulons-nous ? Des suiveurs de consignes qui ne connaissent de la vie que ce qu’on a bien voulu leur laisser entrevoir par médiateur interposé (parent, prof, « celui qui sait ») ? Dociles, obéissants, craintifs ? Suivant sagement les rails, incapables de connaître leurs véritables besoins, coupés de leur enthousiasme et de leurs passions ? Au nom de quoi ferions-nous cela ? « Pour leur bien », vraiment ?

Je suis persuadée que c’est d’une école buissonnière dont nous avons besoin. Une école qui nous permette de prendre la clé des champs, d’aller vers les autres, d’évoluer librement dans notre environnement, là où nous portent nos élans. Une école qui ne nous demande pas d’être autre chose que nous-mêmes, sans jugement ni compétition. Qui nous laisse explorer, faire des choix, des erreurs, arrêter, recommencer, persévérer dans ce qui nous rend joyeux. Libre de découvrir pleinement, à notre rythme, avec tout notre être, les mondes physiques, sensibles, poétiques, imaginaires, conviviaux, qui constituent la vie. D’y être pleinement immergé, dès la petite enfance, afin de, petit à petit, en confiance, consolider son être au monde dans la présence à soi, aux autres et à son environnement.

Emmanuelle

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Se mettre en marche

Ces derniers temps je (Emmanuelle) reçois des sollicitations de la part de personnes qui ont envie de se lancer dans un projet de création d’école, mais qui ont des doutes, des craintes. Elles viennent me demander des conseils, à moi dont l’école n’existe même pas encore. Les mots que j’aurais à leur dire, à vous dire, ont déjà été exprimés avant moi d’une superbe manière, alors je laisse la parole à la grande Christiane Singer :

Notre existence durant, nous cultivons l’espoir de rencontrer à l’extérieur de nous cette perfection dont nous rêvons. Une idéologie ! Une école ! Un maître ! Mais il arrive que ces modèles déçoivent. Tel ou tel détail dégrise. Telle « révélation » sur une personne admirée fait mal. Pourtant l’espoir indéracinable persévère : la perfection dont je rêve se trouve déjà réalisée quelque part, immuable… en dehors de moi !

Sans cesse avec au cœur cette attente lancinante, je titube d’une déception à l’autre. Jusqu’à ce qu’un cri me soit arraché : « Ce monde de lumière dont j’ai rêvé n’est-il donc nulle part ? Partout j’ai cherché ces compagnons de route, ces êtres de lumière, je n’ai trouvé plus ou moins que des névrosés semblables à moi… Où est cet être debout ? Où sont-ils ? A quels signes les reconnaitrai-je ? » Si je décris dans mon cœur l’un après l’autre ces signes infaillibles, voilà que je commence d’esquisser une réalité, de consteller un champ. Et soudain la voix à mon oreille :

« Et qu’attends-tu pour le devenir Celui que tu attends ? »

Silence des galaxies… Et voilà que tout devient en moi silence. La folie du défi me rend muet. « Les gens me disent d’être sage mais Toi, Tu me dis d’être fou ! » (prière de Charles de Foucauld). L’impossibilité de la tâche est évidente… Là se produit une rupture, ce glissement vers un autre stade, vers l’impossible, l’impensable, l’insensé !

Je dois me mettre en marche, tout tenter, créer le lieu qui n’existe pas. Où que je sois en cet instant, le lieu devient makom* et non pas « non-lieu ». Partout où l’homme rencontre l’impensable, l’inconcevable, l’inimaginable, la foudre frappe, quelque chose commence. C’est le début d’une histoire d’amour, c’est à dire d’une histoire de fou.

Je dois me mettre en marche, sachant que comme tous ceux qui m’ont précédée, je n’arriverai nulle part, que comme tous ceux qui sont partis avant moi, j’échouerai, que je vais vers ma défaite certaine et que pourtant – silence des galaxies – tout cela n’est pas le moins du monde triste. Personne n’exige de moi que je réussisse, mais seulement que je franchisse un pas en direction de la lumière. L’important n’est pas que je porte le flambeau jusqu’au bout, mais que je ne le laisse pas s’éteindre.

* terme hébraïque – lieu de rencontre entre l’homme et Dieu

– Christiane Singer
Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?

Christiane_Singer

Soirée de présentation à Millau

Petit rappel : jeudi 18 février à 20h au Bar’bouille (Millau) je présenterai le projet de l’École joyeuse !

Une école démocratique pour tous les âges (primaire, collège, lycée…) libérée des classes, des programmes et des emplois du temps. Cette école s’inscrit dans la lignée de la quarantaine d’écoles Sudbury qui existent dans le monde depuis 1969, dont l’École Dynamique à Paris.

L’École Joyeuse s’inspire du fonctionnement des systèmes vivants et vise à réconcilier l’humain avec lui-même, avec les autres et avec la nature.

Au plaisir de vous rencontrer et d’échanger 🙂

Venez nombreux et amenez votre famille, vos amis, vos voisins, vos collègues…

L’éducation démocratique est fille de l’éducation populaire (suite)

Je crains de ne pas avoir réussi à exprimer tout ce que je voulais dire dans mon précédent article, long et abstrait, peut-être peu compréhensible. J’ai eu des difficultés à exposer clairement ma réflexion et j’ai préféré vous livrer de longues citations d’autres personnes. Tout en espérant que vous tireriez d’entre les lignes la moelle de mon propos…
Je tente donc ici un nouvel essai.

Quand je dis que l’éducation démocratique est fille de l’éducation populaire, c’est que les deux reposent sur des valeurs communes, visant l’émancipation de la personne humaine.
Pour l’éducation populaire, « personne » se conjugue souvent au pluriel et désigne bien volontiers le peuple. Il s’agit d’une éducation « par et pour le peuple », mais dans laquelle on fait généralement appel à des éducateurs (qu’ils soient savants, artistes…). Des éducateurs, donc, mais au plus près du peuple, voire mieux, émanant directement de lui. Car enfin, dans l’éducation populaire, le peuple est vu, reconnu, comme étant lui-même producteur de pensée, de paroles, créateur, transformateur. Persiste néanmoins bien souvent cette idée du rôle de l’éducateur, visant à accompagner le peuple en lui apprenant les outils nécessaires à son émancipation.

De mon point de vue, l’éducation démocratique fait un pas supplémentaire. Le pas de la confiance. Non, il n’y a pas besoin de guider la personne vers telle ou telle doctrine, aussi noble et louable soit-elle. La seule chose que nous avons à offrir, c’est du temps et de l’espace pour que la personne soit libre de choisir elle-même son chemin, ses buts, sa vie. Voilà une idée vertigineuse. Voilà le risque immense. Quel bouclier, quel rempart, contre le vice, contre le mal ? Comment nous assurer que le chemin emprunté sera le bon ? Quelle certitude avons-nous ?

La réponse est à la mesure du doute : aucune. Aucune certitude. Notre seul espoir : la confiance en la vie, en l’être humain. Folie ? Peut-être, mais à quoi nous a conduit la méfiance ? Quels adultes deviennent les enfants que l’on a détournés de leur nature profonde, pour les mener de force où ils ne voulaient pas ? Quel monde construisent des êtres forcés – à coup de bâtons encore dans tant d’endroits du monde – de suivre des idées dont ils ne comprennent pas le sens ?

Les cinquante années d’existence de l’éducation démocratique dans le monde, les études qui se multiplient sur l’altruisme et la nature humaine, nous le confirment chaque jour un peu plus : cette confiance est fondée. Car ce n’est pas la liberté qui pervertit l’être humain, mais la violence de la coercition. La tâche est de taille : il s’agit de nous réconcilier peu à peu avec nos peurs, pour laisser vivre la confiance. Alors petit à petit on se recentre, on s’aligne, on devient juste avec nous-mêmes et avec les autres. Chemin d’émerveillement sans fin…

Emmanuelle