Se mettre en marche

Ces derniers temps je (Emmanuelle) reçois des sollicitations de la part de personnes qui ont envie de se lancer dans un projet de création d’école, mais qui ont des doutes, des craintes. Elles viennent me demander des conseils, à moi dont l’école n’existe même pas encore. Les mots que j’aurais à leur dire, à vous dire, ont déjà été exprimés avant moi d’une superbe manière, alors je laisse la parole à la grande Christiane Singer :

Notre existence durant, nous cultivons l’espoir de rencontrer à l’extérieur de nous cette perfection dont nous rêvons. Une idéologie ! Une école ! Un maître ! Mais il arrive que ces modèles déçoivent. Tel ou tel détail dégrise. Telle « révélation » sur une personne admirée fait mal. Pourtant l’espoir indéracinable persévère : la perfection dont je rêve se trouve déjà réalisée quelque part, immuable… en dehors de moi !

Sans cesse avec au cœur cette attente lancinante, je titube d’une déception à l’autre. Jusqu’à ce qu’un cri me soit arraché : « Ce monde de lumière dont j’ai rêvé n’est-il donc nulle part ? Partout j’ai cherché ces compagnons de route, ces êtres de lumière, je n’ai trouvé plus ou moins que des névrosés semblables à moi… Où est cet être debout ? Où sont-ils ? A quels signes les reconnaitrai-je ? » Si je décris dans mon cœur l’un après l’autre ces signes infaillibles, voilà que je commence d’esquisser une réalité, de consteller un champ. Et soudain la voix à mon oreille :

« Et qu’attends-tu pour le devenir Celui que tu attends ? »

Silence des galaxies… Et voilà que tout devient en moi silence. La folie du défi me rend muet. « Les gens me disent d’être sage mais Toi, Tu me dis d’être fou ! » (prière de Charles de Foucauld). L’impossibilité de la tâche est évidente… Là se produit une rupture, ce glissement vers un autre stade, vers l’impossible, l’impensable, l’insensé !

Je dois me mettre en marche, tout tenter, créer le lieu qui n’existe pas. Où que je sois en cet instant, le lieu devient makom* et non pas « non-lieu ». Partout où l’homme rencontre l’impensable, l’inconcevable, l’inimaginable, la foudre frappe, quelque chose commence. C’est le début d’une histoire d’amour, c’est à dire d’une histoire de fou.

Je dois me mettre en marche, sachant que comme tous ceux qui m’ont précédée, je n’arriverai nulle part, que comme tous ceux qui sont partis avant moi, j’échouerai, que je vais vers ma défaite certaine et que pourtant – silence des galaxies – tout cela n’est pas le moins du monde triste. Personne n’exige de moi que je réussisse, mais seulement que je franchisse un pas en direction de la lumière. L’important n’est pas que je porte le flambeau jusqu’au bout, mais que je ne le laisse pas s’éteindre.

* terme hébraïque – lieu de rencontre entre l’homme et Dieu

– Christiane Singer
Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?

Christiane_Singer

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