L’éducation démocratique est fille de l’éducation populaire (suite)

Je crains de ne pas avoir réussi à exprimer tout ce que je voulais dire dans mon précédent article, long et abstrait, peut-être peu compréhensible. J’ai eu des difficultés à exposer clairement ma réflexion et j’ai préféré vous livrer de longues citations d’autres personnes. Tout en espérant que vous tireriez d’entre les lignes la moelle de mon propos…
Je tente donc ici un nouvel essai.

Quand je dis que l’éducation démocratique est fille de l’éducation populaire, c’est que les deux reposent sur des valeurs communes, visant l’émancipation de la personne humaine.
Pour l’éducation populaire, « personne » se conjugue souvent au pluriel et désigne bien volontiers le peuple. Il s’agit d’une éducation « par et pour le peuple », mais dans laquelle on fait généralement appel à des éducateurs (qu’ils soient savants, artistes…). Des éducateurs, donc, mais au plus près du peuple, voire mieux, émanant directement de lui. Car enfin, dans l’éducation populaire, le peuple est vu, reconnu, comme étant lui-même producteur de pensée, de paroles, créateur, transformateur. Persiste néanmoins bien souvent cette idée du rôle de l’éducateur, visant à accompagner le peuple en lui apprenant les outils nécessaires à son émancipation.

De mon point de vue, l’éducation démocratique fait un pas supplémentaire. Le pas de la confiance. Non, il n’y a pas besoin de guider la personne vers telle ou telle doctrine, aussi noble et louable soit-elle. La seule chose que nous avons à offrir, c’est du temps et de l’espace pour que la personne soit libre de choisir elle-même son chemin, ses buts, sa vie. Voilà une idée vertigineuse. Voilà le risque immense. Quel bouclier, quel rempart, contre le vice, contre le mal ? Comment nous assurer que le chemin emprunté sera le bon ? Quelle certitude avons-nous ?

La réponse est à la mesure du doute : aucune. Aucune certitude. Notre seul espoir : la confiance en la vie, en l’être humain. Folie ? Peut-être, mais à quoi nous a conduit la méfiance ? Quels adultes deviennent les enfants que l’on a détournés de leur nature profonde, pour les mener de force où ils ne voulaient pas ? Quel monde construisent des êtres forcés – à coup de bâtons encore dans tant d’endroits du monde – de suivre des idées dont ils ne comprennent pas le sens ?

Les cinquante années d’existence de l’éducation démocratique dans le monde, les études qui se multiplient sur l’altruisme et la nature humaine, nous le confirment chaque jour un peu plus : cette confiance est fondée. Car ce n’est pas la liberté qui pervertit l’être humain, mais la violence de la coercition. La tâche est de taille : il s’agit de nous réconcilier peu à peu avec nos peurs, pour laisser vivre la confiance. Alors petit à petit on se recentre, on s’aligne, on devient juste avec nous-mêmes et avec les autres. Chemin d’émerveillement sans fin…

Emmanuelle

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2 réflexions au sujet de « L’éducation démocratique est fille de l’éducation populaire (suite) »

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