Témoignage de mon immersion à l’Ecole Dynamique

Je n’ai passé que deux jours à l’Ecole Dynamique, mais ils m’ont profondément changée. Tenter d’exprimer ici ce vécu, tout ce qui a bougé en moi, me semble important. Ainsi, ce témoignage ne relatera pas des faits, mais mes prises de conscience durant cette courte et très dense immersion.

L’École Dynamique est une école de la liberté. Je le savais, en théorie, mais je ne l’avais pas vécu réellement. En faire l’expérience a été très déroutant. Car je me suis rendue compte que, alors que je me croyais libre, en fait je ne l’étais pas vraiment. Car je n’assumais pas l’immense responsabilité qui en découle. M’en rendre compte, en côtoyant des personnes que j’ai senties réellement libres, a été vertigineux. A l’Ecole Dynamique, liberté et responsabilité sont les deux faces d’une même pièce, le Yin et le Yang formant le socle sur lequel repose la paix de la communauté. J’ai compris que les deux étaient indissociables, qu’il était illusoire de penser pouvoir avoir l’une sans l’autre. J’ai ressenti dans mes tripes cette révélation de Nelson Mandela :

« Notre peur la plus profonde n’est pas d’être incapable. Notre peur la plus profonde est d’être puissant au-delà de toute mesure. C’est notre lumière, pas notre ombre, qui nous effraie le plus. »

Il me faut risquer la liberté, ne plus dépendre des autres mais avoir suffisamment confiance en moi pour assumer pleinement ma responsabilité d’être humain autonome. Voilà un enseignement que je n’ai jamais eu à l’école traditionnelle, où j’étais placée sous l’autorité d’adultes qui me disaient ce que je devais faire et me montraient sans cesse que je ne savais pas assez, que je n’étais pas assez. Même ceux qui avaient la meilleure volonté du monde, même ceux qui voulaient m’aider. Car j’ai compris aussi que vouloir aider les autres n’est pas forcément une bonne chose : en aidant quelqu’un qui n’a pas formulé de demande, on l’empêche d’acquérir son autonomie, on le place en position inférieure, de non-sachant. On lui renvoie l’image qu’il n’est pas capable de faire seul et on abîme sa confiance en lui. La personne en arrive petit à petit à s’en remettre aux autres pour tous les domaines de sa vie, à ne plus savoir ce qui est bon pour elle ou pas. Et finalement, à déléguer la responsabilité d’elle-même à des autorités extérieures. Avec le temps, elle intériorise ces schémas hiérarchiques, qui lui semblent sécurisant. Ne pas avoir à assumer la responsabilité de ses choix de vie mais pouvoir blâmer les autres en cas d’échec, n’est-ce pas rassurant finalement ? Elle prend l’habitude d’obéir à des chefs, de suivre des indications. Elle finit par ne même plus savoir lire sa boussole intérieure et suit le troupeau, un peu paumée, sans percevoir les signaux d’alarme de son corps, qui voudrait pourtant, lui, ruer dans les brancards. La liberté devient alors l’inconnue, ce qui fait peur. Et quand on croise des gens libres, ils nous fascinent autant qu’ils nous énervent, bousculant nos peurs et nous renvoyant à notre inconcevable responsabilité.

J’ai compris qu’on ne peut créer un tel cadre pour d’autres tant qu’on n’assume pas soi-même sa propre liberté, sa propre responsabilité. Et que c’est la confiance qui nous libère de nos peurs. Cette confiance, je la vois comme la clef de voûte de l’École Dynamique. C’est grâce à elle que ce système démocratique peut fonctionner. En témoigne le Conseil de Justice (CJ), organe vital pour la vie en communauté, qui reflète la haute exigence de l’école concernant le comportement de ses membres. Une exigence impressionnante vue par un regard extérieur. Lors du CJ, les comportements risquant de menacer la paix du collectif sont pris très au sérieux. Des insultes ou des attitudes violentes, pourtant répandues dans les collèges et lycées de l’éducation nationale, sont ici inacceptables. Car si l’on ne peut pas se faire confiance les uns les autres, le climat « secure » et bienveillant de l’école est menacé. Les nouveaux membres semblent intégrer cette réalité assez vite, après une phase de transition plus ou moins difficile.

Je suis particulièrement admirative des adolescents qui entrent à l’École Dynamique. Après toutes ces années, être soudainement libéré de la domination adulte, découvrir d’autres modes de communication, de gestion des conflits, de vivre-ensemble… Se retrouver face à soi-même, en assumer la responsabilité immense et rendre les armes. Chapeau bas.

J’ai pris conscience que j’avais encore des intentions éducatives. Par exemple, il me tenait à cœur d’instaurer dans ma future école une culture du « care », du prendre soin, de la solidarité. Une bonne chose a priori, non ? Sauf que, ce que j’ai également compris, c’est que forcer détruit. Obliger quelqu’un à lire Victor Hugo alors qu’il n’en a pas envie, expliquait par exemple Ramïn, est-ce que ça ne conduit pas à détruire la culture plutôt qu’à la faire vivre ? N’est-ce pas en ayant confiance en l’attractivité de la culture, en laissant les enfants découvrir et aimer librement Hugo, qu’on le fait vivre ? Je crois que cette idée est très juste et qu’elle peut s’appliquer à de nombreux autres champs : la nature, par exemple. Mais aussi à cette culture du « care ». Et de fait, j’ai constaté qu’à l’École Dynamique, liberté ne rime pas avec égoïsme et repli sur soi. Au contraire : libre d’aller vers l’autre et de nouer les relations que je souhaite, je permets à mon humanité et ma fraternité de pouvoir s’exprimer. Il ne s’agit pas de forcer des pratiques mais simplement de ne pas chercher à contrarier notre élan naturel.

Enfin, j’ai compris l’humilité qui sous-tend cette philosophie de la liberté. Car il n’y a là aucune prétention hégémonique, à se poser en réponse suprême, en solution universelle. L’École Dynamique ne prétend pas être parfaite, ne vise pas à éclairer le monde pour le guider vers la voie à suivre, comme le font tant de mouvements politiques par exemple. Au contraire, on y trouve une reconnaissance absolue de la liberté d’autrui. Il n’est pas question de convaincre qui que ce soit, mais simplement de montrer qu’une autre éducation est possible. Une éducation où, à tout âge, libre et responsable, la personne se voit offrir le temps et l’espace pour être en paix avec elle-même et avec les autres.

Emmanuelle

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4 réflexions au sujet de « Témoignage de mon immersion à l’Ecole Dynamique »

  1. Merci Emmanuelle pour ce beau témoignage, tu as saisi l’essence de notre école.
    Au plaisir de te revoir et d’échanger encore encore sur ces sujets passionnants que sont la liberté et la responsabilité.
    A bientôt!

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