De retour de la capitale : ce que je retiens pour l’Ecole joyeuse

Devant me rendre en Picardie la semaine dernière, j’en ai profité pour faire une petite tournée parisienne à la rencontre de personnes inspirantes dans le domaine qui m’intéresse actuellement : les biotechnologies… …

Mais non, bien sûr, c’était un test pour voir si vous suiviez : l’éducation, of course ! Au programme : visite de La Maison des Enfants, rencontre avec Ramïn Farhangi (fondateur de l’École Dynamique, de type Sudbury) et rencontre des CREPSC (Centre de Recherche des Petites Structures et de la Communication), du Réseau pour l’École Libérée et Écoles du troisième type (Bernard Collot) d’Ile de France.

Je ne vais pas tout vous détailler, ce ne serait pas très utile, mais sachez en tout cas que tous ces échanges furent très riches et stimulants intellectuellement ! Ça vaut vraiment le coup de se déplacer et de quitter l’espace virtuel d’internet pour aller se rencontrer en vrai, la dimension est toute autre.

« Ne pas essayer de rassurer tout le monde »

C’est l’un des bons conseils avec lesquels je suis rentrée chez moi. Car lorsque l’on se lance dans un projet plutôt original et innovant, pour ne pas dire carrément révolutionnaire, forcément en face on suscite des réactions étonnées, sceptiques, voire même parfois agressives. Et je me suis surprise moi-même à mesurer mes propos, à hésiter à tout dire, pour ménager mon interlocuteur. Pourquoi ? Parce que je supposais que sa réaction ne serait pas bienveillante et qu’il me faudrait me justifier longuement, défendre mon idée.

Étonnamment, alors que j’ai tendance à anticiper des réactions hostiles, mes propos sont le plus souvent bien accueillis par mes interlocuteurs (souvent non familiers du monde de l’éducation, à part le fait d’avoir été élèves, ce qui est tout de même énorme), qui prennent le temps de digérer les informations reçues et se montrent très ouverts. Dans le meilleur des cas, la personne est franchement enthousiaste et pose des questions tout à fait logiques et sensées pour mieux comprendre de quoi il retourne exactement.

Donc déjà, je dois apprendre à faire mien le troisième accord toltèque « Ne faîtes pas de supposition », afin d’éviter de me placer d’emblée dans une posture de défense, ce qui n’aide pas mon propos et prête à mon interlocuteur des intentions qu’il n’a pas. Ensuite, effectivement, il ne s’agit pas de rassurer tout le monde. Bien sûr qu’une telle conception de l’éducation génère des doutes, des craintes, chez des gens qui, comme moi, ont été éduqués selon des principes exactement contraires au projet de l’École joyeuse : des enseignements contraints, la soumission à l’autorité, l’obéissance… Mais s’il fallait rassurer tout le monde, un tel projet ne pourrait voir le jour ! Je serais tout bonnement obligée de le modifier, de me censurer, de me renier même ! Est-ce à dire que je ne dois écouter personne ni me laisser influencer ? Non, bien sûr. Mais j’ai décidé de porter ce projet, j’en prends la responsabilité et à ce titre il me semble fondamental qu’il soit en accord complet avec mes valeurs. Libre à quelqu’un qui n’est pas d’accord avec cela de ne pas adhérer à ce projet et d’en créer un autre s’il le souhaite.

« Commencer avec un cadre clair, carré »

Découlant logiquement de ce qui précède, il semble très important de démarrer sur de bonnes bases. Pour poser ce que l’on souhaite vraiment, intégrer l’expérience des pionniers qui ont défriché le terrain avant nous (merci notamment à Daniel et Hanna Greenberg, fondateurs de la Sudbury Valley School en 1969…) et pouvoir communiquer clairement sur notre projet.

Je n’arrivais pas à me résoudre à poser réellement ce cadre au démarrage du projet. Parce que j’avais besoin de temps pour approfondir les différents visages de l’éducation démocratique, mais aussi parce que je me projetais dans une démarche de co-construction et craignais d’être autocratique. Or, les faits montrent que ne pas savoir où elles mettent les pieds rend les personnes plus réticentes à s’engager. Et c’est bien normal. Car après tout, le projet vient de moi : si je ne suis pas claire sur ce que je veux, pourquoi des personnes extérieures auraient-elles confiance pour rejoindre l’aventure ? L’École joyeuse que je souhaite n’est de toute façon, structurellement, pas autocratique. Elle a néanmoins besoin d’un cadre clair pour que puisse, en son sein, s’exprimer la véritable démocratie.

En effet, comment rendre possible cette démocratie si nous ne posons pas d’emblée la stricte égalité entre les enfants et les adultes ? Or, cette égalité va-t-elle de soi dans la société où nous vivons actuellement ? Malheureusement non. Voilà pourquoi ce cadre est nécessaire, parce que nous ne sommes pas coupés du monde, de ses idéologies et de ses systèmes. Mais nous pouvons, en bénéficiant pour cela des expériences et résultats des pionniers, proposer des bases claires permettant de rendre cet espace de liberté et de démocratie possible et même durable. Ensuite, les choses se font, les problèmes se règlent au fur et à mesure, en suivant le bon sens.

« Il n’y a aucune nécessité à ce que les membres de l’équipe soient des éducateurs »

C’est probablement le point qui me posait le plus question. J’ai eu ma réponse. Et en l’entendant, j’ai trouvé qu’elle était parfaitement naturelle. Non, il n’y a pas besoin de personnes ayant été formées à telle ou telle pédagogie. La seule chose indispensable, c’est d’avoir fait un travail sur soi, d’avoir étudié la nature humaine, pour pouvoir se libérer des carcans qui nous enferment, se reconnecter à ses émotions, à ses ressentis. Pour pouvoir considérer l’enfant comme une personne. Pour accompagner avec bienveillance. Pour faire confiance. Pour être un modèle d’adulte heureux et responsable, pas englué dans ses névroses.

Je repense en souriant à la réponse que m’a faite Bernard Collot lorsque je lui ai écrit mes craintes que je ne vienne pas du monde de l’éducation : « C’est un immense atout !!! »

Outre ces qualités humaines, il s’avère cependant que des compétences en organisation, gestion et compta peuvent être utiles au sein de l’école 😉

Pour finir, le plus beau a sans doute été les multiples encouragements dont j’ai bénéficié qui vont me porter pour les mois à venir :

« Tu as une belle énergie ! Vas-y, fonce ! »

Oh que oui !

Joyeusement,

Emmanuelle

tree

Source : http://kerryschofieldjournalist.files.wordpress.com
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Une réflexion au sujet de « De retour de la capitale : ce que je retiens pour l’Ecole joyeuse »

  1. Devant mon écran de Montpellier je me régale de lire ces lignes, car papa d’une petite fille de 5 ans et des poussières, je trouve ici encore de l’eau claire et limpide pour arroser délicatement cette jolie fleur.
    Les passages à l’acte ( de beaux projets comme le tiens ) se font de plus en plus nombreux….ça bouge, quoi !
    Si on cultive l’amour et la beauté, comment devenir meurtrier ?
    Bravo à toi !

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